Projet « Pharos » – iconographie, représentations autres que monétaires

Eléni Fragaki

L’objectif de l’étude consistait à repérer et réunir dans une base de données informatisée les images ou reproductions tridimensionnelles du Phare d’Alexandrie qui apparaissent sur des œuvres d’art ou objets antiques autres que les monnaies : mosaïques, verres, terres cuites, gemmes et intailles, tessères, Table de Peutinger etc. D’une part, il a fallu cataloguer les représentations déjà reconnues comme telles et traitées dans la bibliographie moderne ; d’autre part, il convenait d’en rechercher d’autres, rares ou inconnues, qui n’avaient pas encore été examinées, pour compléter ce corpus. Les travaux se sont étalés sur quatre mois, de novembre 2023 à février 2024. La première moitié s’est déroulée sur le terrain, au Centre d’études alexandrines, et la seconde en bibliothèque, à Paris et à Athènes.

Discussions et recherches à Alexandrie

Ce séjour m’a permis de prendre connaissance de la base de données en cours de préparation pour l’iconographie du Phare, notamment des rubriques qu’elle comporte, et surtout des aspects de l’édifice et de son contexte qu’elle vise à mettre en évidence. Suite aux réunions et aux discussions avec les autres membres de l’équipe, une liste des documents sur lesquels le monument peut être identifié avec certitude a été établie. J’ai pu alors profiter de la bibliothèque du CEAlex pour entamer la constitution d’une bibliographie mise à jour sur ces images et l’examen des interprétations dont elles ont fait l’objet, notamment en rapport avec la forme architecturale et le décor sculpté du bâtiment.

J’ai eu également l’opportunité de consulter des publications rares et anciennes, difficiles à trouver ailleurs, qui n’ont probablement pas été souvent exploitées. Ainsi dans un rapport du Musée gréco-romain pour l’année 1922-23, publié en 1924, figurent deux petits fragments qui n’ont jamais été étudiés et qui évoqueraient, d’après E. Breccia, qui a rédigé ce texte, le Phare d’Alexandrie : le premier, en argile couleur rouge brique, conserverait la partie correspondant à l’extrémité supérieure du troisième étage, construit en appareil isodome et surmonté de combustibles et de flammes ; sur le second, enduit peint découvert à Hadra (n° inv. 21.158), on voit une tour cylindrique dessinée en rouge clair qui s’ouvre en haut pour laisser surgir le feu. Lors d’un entretien avec la directrice du musée, Wallaa Moustafa, je lui ai présenté ces deux pièces et elle a rapidement repéré dans les registres celui dont le numéro est indiqué par E. Breccia. L’autre, en revanche, pour lequel on ne dispose d’aucune information plus précise, n’a pas encore été localisé. Quelle que soit la validité de l’identification proposée par cet auteur, il conviendrait d’examiner les deux objets de plus près en les comparant aux représentations déjà établies du monument.

À l’occasion de ces échanges, Wallaa Moustafa m’a signalé en outre que le Musée gréco-romain possède une riche collection de lampes en terre cuite qui reproduisent le Phare en miniature. Dans la mesure où seulement deux parmi elles apparaissent dans la bibliographie, le reste de ce matériel, entièrement inédit, mérite une attention particulière.

Exploration des ressources en ligne et études en bibliothèque

De retour à Paris, l’intérêt s’est dirigé vers les bases de données documentaires disponibles sur le web, qui se sont développées récemment et n’ont pas encore été suffisamment mises en valeur par la recherche actuelle. En effet, Héloïse Aumaître avait repéré dans le catalogue numérique de la BNF une intaille en jaspe rouge appartenant à la collection H. Seyrig, qui représente le Phare d’Alexandrie. Sur cette petite pièce d’un diamètre maximal de 11 mm, que nous avons pu examiner sur place, on distingue la tour avec sa structure caractéristique, sa rampe d’accès et son décor sculpté (deux tritons et une figure sommitale), ainsi que deux arcades d’un pont et la proue d’un navire voguant au second plan. Les travaux sur les monnaies ont offert l’occasion de découvrir en outre dans les archives glyptiques de Seyrig la photo d’une empreinte similaire, où l’on voit, à côté de l’édifice, le voilier en entier naviguant sur les vagues et, au premier plan, un pont à trois arcs, correspondant probablement à celui qui réunissait la pointe orientale de l’île de Pharos à l’îlot sur lequel se trouvait le monument.

Grâce à l’exploration des bases documentaires en ligne, j’ai identifié par ailleurs deux autres empreintes de gemmes montrant le Phare, qui font partie de la collection de l’Université Cornell. Sur l’une d’entre elles, l’édifice, qui comporte encore une fois ses traits distinctifs architecturaux et sculpturaux, figure isolé, entouré de signes et symboles. Sur l’autre, en revanche, il se situe dans un véritable paysage urbain peuplé de petits personnages, mais aussi d’une façade à colonnes et fronton et d’un second pont à arcades précédé de rochers, visibles à l’arrière-plan. Le bateau à voile, toujours présent, fait face à une tête de Sarapis de profil. Les deux objets sont absents de la bibliographie, mais le second trouve un parallèle très proche dans une empreinte de la collection Cades, analysée dans un article de M. Pensa[1].

En même temps, les recherches étendues que j’ai effectuées en bibliothèque à Paris (INHA, BNF, Sorbonne) et à Athènes (ASCSA, EFA) ont abouti à la constitution d’une longue bibliographie par objet, aussi exhaustive que possible, à partir de laquelle j’ai pu extraire les informations nécessaires pour compléter la base de données : datation (parfois controversée), matériau et technique de fabrication, historique de la découverte, lieu et état de conservation, description des images. Cette dernière permet de dégager les caractéristiques structurelles de la tour (nombre et morphologie des étages et des fenêtres, forme de la porte et de la rampe), le rendu du décor sculpté (posture, attributs et interprétations proposées pour la statue sommitale, nombre et gestes des Tritons), ainsi que des figures annexes (Isis, navire). Cette documentation en partie inédite fournit un appui solide pour la rédaction d’articles aussi bien scientifiques que grand public.


1 M. Pensa, « Moli, fari e pescatori : la tradizione iconografica della citta portuale in eta romana », Rivista di Archeologia 23, 1999, p. 99, 105-106, 119.

 


Le CEAlex vous propose de citer cette page de la manière suivante :
Eléni Fragaki, «Projet « Pharos » – iconographie, représentations autres que monétaires », Projet Pharos du CEAlex, consulté le 6 October 2026 à l’adresse

https://pharos.cealex.org/ressources-documentaires/les-images/autres-que-monnaies/