Les monnaies au Phare d’Alexandrie

Héloïse Aumaître

Figure 1. De gauche à droite : AE, Domitien (© New-York, American Numismatic Society, 1944.100.53950) ; AE, Trajan (© Londres, British Museum, 1845,1217.109) ; Billon, Commode (© Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le Phare, édifice emblématique d’Alexandrie, fut figuré sur des monnaies émises par la cité à l’époque romaine pendant près d’un siècle. Les graveurs de l’atelier monétaire de la ville, qui ont selon toute vraisemblance eu le monument sous leurs yeux, ont ainsi légué un précieux témoignage visuel de son apparence antique, nous permettant de mettre en exergue les permanences et variabilités dans la représentation du monument.

 

Les monnaies au Phare

 La première apposition de l’image du Phare au revers de certaines émissions monétaires alexandrines remonte au règne de l’empereur Domitien, en 91/2 ap. n.è. Le Phare en est le sujet principal et les graveurs se sont attachés à en capturer l’essence en mettant en avant son bâti monumental. Leur attention s’est portée sur la représentation de ses éléments structuraux, à savoir son socle, sa rampe d’accès, la première et imposante section carrée surmontée par une corniche, les statues de tritons marins soufflant dans des conques aux angles, le deuxième niveau polygonal, le troisième niveau absent ou réduit à un point sous la statue sommitale, elle-même debout, tenant un à deux attributs. Cette première représentation marque l’amorce d’une longue série de bronzes au Phare.

Sous le règne de Trajan, successeur de Domitien, une nouvelle variation est introduite. Le phare, en sus d’être représenté seul, est désormais associé à Isis Pharia, tenant une voile. Ces deux motifs furent repris successivement par Hadrien, Antonin le Pieux et Marc Aurèle. Commode, dernier empereur romain à figurer le Phare, cette fois sur des tétradrachmes de billon émis en 188/9 p.C., rompt avec cette tradition iconographique et le place dans une scène maritime, associé à un navire de commerce fendant les flots.

 

Empereur Années de figuration du phare sur les monnaies (type indifférent, p.C.) Type(s) en usage par empereur
Phare seul Isis Pharia et Phare Navire et Phare
Domitien De 91/2 (an 11) à 95/6 (an 15) ✓
Trajan 107/8 (an 11), 110/1 (an 14) à 112/3 (an 16) ✓ ✓
Hadrien Entre 117/8 (an 2) et 136/7 (an 21), avec hiatus ✓ ✓
Antonin le Pieux Entre 138/9 (an 2) et 154/3 (an 18), avec hiatus ✓ ✓
Marc Aurèle En 162/3 (an 3), 163/4, 165/6 et 175/6 (an 16). ✓ ✓
Commode En 188/9 (an 29) ✓

Figure 2. Type(s) au Phare en usage par empereur


Corrélation avec les textes

C’est bien cette notion de monumentalité qui ressort tant des textes anciens, grecs comme latins, que de l’imagerie monétaire. L’ouvrage, qui se dresse sur plusieurs étages, tel que l’indiquait Strabon, apparaît bien tel une tour élevée à la construction remarquable. À l’exception du fameux feu qui guidait les marins, les monnaies pourraient figurer les quelques rares éléments architecturaux ou ornementaux mentionnés par les auteurs antiques.

Les deux lignes pointillées situées sur une face latérale, au même niveau que le linteau de la grande porte, renverraient-elles à l’inscription commémorative évoquée par Pline l’Ancien ?

La statue était-elle celle d’un Zeus Sauveur comme pourrait le suggérer l’épigramme 115 de Posidippe, qui a séjourné à Alexandrie au temps de Ptolémée II Philadelphe ? Si les monnaies ne permettent pas de trancher, d’autant plus que l’on ignore si la statue sommitale est la même au IIIe s. av. n.è. et à fin du Ier – courant IIe s. ap. n.è., du moins nous offrent-elles une idée de son allure au début la période romaine : une figure masculine debout, légèrement en contrapposto, un bras replié tenant une hampe à l’extrémité non identifiable, l’autre bras tendu dont la main présente un attribut.

 

La gravure

 Les graveurs de la cité, qui ont dû miniaturiser le bâtiment sur un coin, se sont attachés à représenter les éléments du Phare qui leur semblaient les plus marquants et essentiels à la représentation du monument en tenant compte des contraintes techniques de l’exercice : matrice d’environ 25 à 35 mm de diamètre à graver en creux et en inversé. Au-delà de la simple observation architecturale, différents paramètres sont à prendre en compte dans l’analyse. La place occupée par le phare sur la monnaie (à savoir s’il trône seul ou s’il est en composition, associé à Isis Pharia ou à un navire) et donc l’espace disponible pour sa gravure ainsi que l’éventuelle volonté d’un rendu de perspective ont une incidence sur sa figuration.

Phare seul Isis Pharia et Phare Navire et Phare
29,6 % 56,9 % 13,5 %

Figure 3. Pourcentage de monnaies recensées par type

L’atelier pouvant faire appel à plusieurs graveurs, les différentes mains à l’œuvre ont parfois pu, au sein d’une même année, induire des différences dans la représentation du monument. Les choix stylistiques et leurs évolutions au fur et à mesure du temps et des règnes sont à considérer, de même que ce qui relève d’une observation directe du Phare ou à l’inverse de la copie de monnaies antérieures.

Figure 3. Antonin le Pieux, 144/5 (© Künker 347, 22.03.2021, lot 196 ; Naville Numismatics 85, 19.11.2023, lot 318)

Corpus et étude

 Un corpus représentatif, d’un millier de monnaies dont plus de 80 % sont illustrées, constitue le socle de cette étude. Une collaboration avec l’équipe à Oxford du Roman Provincial Coinage (RPC), catalogue typologique disposant d’un portail en ligne, a été mise en place (nos remerciements à Jérôme Mairat et Christopher Howgego). Un accès complet aux données d’ores et déjà présentes sur la plateforme a été fourni en échange de son enrichissement.

Les éléments représentés sur chaque exemplaire et leur ordonnancement ont été identifiés, afin d’établir un relevé des différents modes, ou styles, de représentation du phare et de ses éléments, lesquels serviront d’appui au travail par BIM. Ces regroupements sont faits en tenant compte des éléments suivants et de leurs positions relatives :

  • Description générale (ligne de sol, présence ou non d’un socle, présence ou non d’une rampe extérieure, nombre de niveaux de représentés etc.) ;
  • Rampe, si représentée (nombre de marches, présence éventuelle d’arcades etc.) ;
  • Premier niveau (plan, murs [droits ou talutés], porte [proportion, linteau etc.], “fenêtres” [alignement vertical ou horizontal, nombre, position etc.], parapet etc.) ;
  • Tritons (nombre, orientation, soufflant ou au repos, queue simple ou double etc.) ;
  • Deuxième niveau (plan, proportions, parapet etc.) ;
  • Troisième niveau (si représenté) ;
  • Statue sommitale (présence éventuelle d’une base, position générale de la statue, de ses pieds, de ses bras, attributs, etc.).

Les monnaies figurées ci-dessous permettent de donner un aperçu des différentes variétés frappées par empereur et d’accéder, pour chacune par un simple clic, directement à leur catalogue en ligne.

 

Figure 3. Antonin le Pieux, 144/5 (© Künker 347, 22.03.2021, lot 196 ; Naville Numismatics 85, 19.11.2023, lot 318)

Corpus et étude

 Un corpus représentatif, d’un millier de monnaies dont plus de 80 % sont illustrées, constitue le socle de cette étude. Une collaboration avec l’équipe à Oxford du Roman Provincial Coinage (RPC), catalogue typologique disposant d’un portail en ligne, a été mise en place (nos remerciements à Jérôme Mairat et Christopher Howgego). Un accès complet aux données d’ores et déjà présentes sur la plateforme a été fourni en échange de son enrichissement.

Les éléments représentés sur chaque exemplaire et leur ordonnancement ont été identifiés, afin d’établir un relevé des différents modes, ou styles, de représentation du phare et de ses éléments, lesquels serviront d’appui au travail par BIM. Ces regroupements sont faits en tenant compte des éléments suivants et de leurs positions relatives :

  • Description générale (ligne de sol, présence ou non d’un socle, présence ou non d’une rampe extérieure, nombre de niveaux de représentés etc.) ;
  • Rampe, si représentée (nombre de marches, présence éventuelle d’arcades etc.) ;
  • Premier niveau (plan, murs [droits ou talutés], porte [proportion, linteau etc.], “fenêtres” [alignement vertical ou horizontal, nombre, position etc.], parapet etc.) ;
  • Tritons (nombre, orientation, soufflant ou au repos, queue simple ou double etc.) ;
  • Deuxième niveau (plan, proportions, parapet etc.) ;
  • Troisième niveau (si représenté) ;
  • Statue sommitale (présence éventuelle d’une base, position générale de la statue, de ses pieds, de ses bras, attributs, etc.).

Les monnaies figurées ci-dessous permettent de donner un aperçu des différentes variétés frappées par empereur et d’accéder, pour chacune par un simple clic, directement à leur catalogue en ligne.

Domitien

Trajan

Hadrien

Antonin le Pieux

Marc Aurèle

Commode

 

 


Le CEAlex vous propose de citer cette page de la manière suivante :
Héloïse Aumaître, « Le phare d’Alexandrie : Les Monnaies », Projet Pharos du CEAlex, consulté le 7 October 2026 à l’adresse

https://pharos.cealex.org/ressources-documentaires/les-images/les-monnaies/